On ne vit pas de son art, mais l'art est notre vie, chiche d'un côté et riche en l'autre.
C'est tellement difficile de créer sans pouvoir s'investir pleinement, et pourtant toute l'énergie de l'inspiration entre dans notre travail, à chaque instant.
Vit-on de l'art, vit-on pour l'art, peut-on vivre pour l'art sans vivre de l'art qui nous lèche le coeur et le sang ?
La création essentielle, créer sans cesse, quoi qu'il advienne, écrire, peindre, sculpter, modeler, produire le rêve... ne sommes-nous pas un morceau de nature ? La nature qui crée, sans cesse et nous crée, elle vit, et nous fait vivre. Créer, exister, et considérer le matériel qui ne soutient rien de la nature, qui freine l'élan, mais il faut continuer de créer, malgré tout, la glu aux semelles souvent, l'énergie, la foi, la force de vivre nous poussent, sans aucune cesse.
Par mes peintures c'est une histoire sans limite que je veux partager, sans origine ni fin, et sans justifications. Je veux faire aimer en touchant par les formes, les couleurs, donner une émotion, des émotions douces ou proposant un voyage hors des limites de la réalité. Une dimension de liberté absolue portée par la création instinctive.
La peinture est poésie dans toute la force de l'expression d'images spirituelles, sensées et insensées. La peinture est une histoire. Comme un poème, elle peut être lue pour ce qu'elle figure ou pour ce qu'elle insinue.
En peinture, la reproduction d'une réalité photographique n'est pas mon domaine. J'erre dans les méandres du rêve et des couleurs pour y puiser l'imagination à sa source inconditionnée. 
Suivant les lignes et courbes du jeu des pinceaux de mon père, Claude Hurtrel, comme une évidence, parce que dans mon jardin depuis toujours germaient les fleurs et leurs senteurs dans les peintures à l'huile sculptant sa palette, je n'ai jamais commencé à peindre, j'ai continué.
La peinture, une évidence, une poésie, la vie.
Mes mains ont pris ce chemin, escarpé parfois, désert d'autres fois, comme une sente fraîche à l'ombre bienfaisante souvent, parce que nécessité à mon âme.
J'ai fait des rencontres magnifiques en peinture, que ce soit par le seul regard posé sur une toile, ou dans le partage d'un atelier, elles ont laissé chacune une empreinte, une lueur qui est venue et revient comme poussée par une douce brise pour caresser mes mains et les inciter au voyage dans les couleurs et la matière.
La découverte de César Domela alors que je commençais seulement à éveiller mes yeux au monde, dans des compositions qu'il appelait "images mentales", a été vraiment importante, jamais ces images ne m'ont quittée bien qu'elles soient loin dans le souvenir et distantes de mes pinceaux.
Et puis, de galerie en galerie, parce qu'enfant on m'a comme il faut nourri les yeux et le cœur, j'ai bu le bonheur de peindre dans la magie sans cesse renouvelée et offerte magnifiquement à mon regard grandissant.
Troublée par la puissance de monochromes de Pierre Soulages, autant que par la suave poésie des œuvres de Marie Laurencin, bercée, ballotée, ivre de couleurs et de formes, douces, fortes, lacérant ou caressant ma sensibilité, j'ai vécu comme un constant baptême de liberté créative... Il me serait impossible de nommer toutes ces "rencontres" magiques avec l'envie donnée de peindre encore, toujours.
C'est dans un atelier ardéchois que mes pinceaux ont pris les rayons d'un soleil qui me guide maintenant dans un rappel du travail des couleurs dans un partage incroyable, grâce à une peintre de la plus grande générosité et d'un talent immense, Arlette Le More dont le sourire signe encore ces moments dans ma mémoire.
Marie Hurtrel, artiste peintre